La Suisse: entre mythe, statistiques, mises en scène... et réalité

Publié le par Aqua Aqua

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La pauvreté s’étend à Genève, loin des projecteurs

Conjoncture Du nombre de dossiers à l’Hospice général à celui des personnes qui renoncent aux soins dentaires, les indicateurs montrent que la précarité s’exacerbe.

17.12.16

http://www.tdg.ch/economie/argentfinances/La-pauvrete-s-etend-a-Geneve-loin-des-projecteurs/story/21867916

Cette année, un grand nombre de personnes passeront Noël dans la précarité sur l’arc lémanique. Difficile de savoir combien, difficile également de savoir si elles seront plus ou moins nombreuses que l’an dernier. Les statistiques à leur sujet sont maigres. Les offices fédéraux et cantonaux, excellents quand il s’agit de recenser l’hébergement touristique, les ventes du commerce de détail ou le nombre de vaches, sont empruntés en ce qui concerne les pauvres.

Une statistique globale de la pauvreté n’existe ainsi ni à Genève ni sur sol vaudois. L’Office fédéral de la statistique (OFS) recense le taux de pauvreté à l’échelle nationale et par région depuis moins de dix ans. Ses sondages indiquent un recul: sur l’arc lémanique, 7,8% des gens n’avaient «pas les moyens financiers d’acquérir les biens et services nécessaires à une vie sociale intégrée» en 2014, contre 9,6% en 2007. L’institution précise que les données ne sont pas forcément comparables, les méthodes de calcul ayant changé entre-temps.

Une réalité encore cachée

Dans la région, la perception de la pauvreté augmente pourtant, selon des personnes œuvrant dans l’aide sociale. Et d’autres chiffres renforcent ce sentiment.

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L’organisation Colis du cœur aura offert des repas gratuits à plus de 107 000 personnes cette année, contre 79 000 en 2015. Les activités de l’association Partage, qui distribue les invendus de Coop et Migros? Elles ont crû d’un tiers cette année. «Le montant des dettes totales des personnes suivies par le service social du Centre social protestant de Genève augmente chaque année. Il avoisinait les 14 millions en 2015», selon Alain Bolle, directeur du CSP à Genève.

Les experts contactés peinent tous à expliquer pourquoi les résultats de l’OFS contrastent tant avec ceux des autres indicateurs. En Suisse, la proportion de la population qui vit avec des bas salaires est plus importante qu’en France, selon Eurostat. Genève et Vaud figurent parmi les trois cantons où les revenus disponibles sont les plus faibles du pays, a souligné Credit Suisse cette semaine.

Selon l’OFS, 530 000 personnes – une personne sur quinze ou un enfant sur vingt – vivaient sous le seuil de pauvreté en Suisse en 2014. Un tiers d’entre elles exerçaient une activité rémunérée. Le risque de pauvreté – c’est-à-dire de vivre avec 60% de la médiane du revenu national – menaçait plus d’un million de personnes cette année-là. Le Conseil d’Etat genevois a d’ailleurs annoncé cet automne que la facture des différentes prestations sociales délivrées par le Canton allait croître de 100 millions de francs en 2017.

 


«Mesurer la pauvreté n’est pas une priorité politique»

Entretien avec Dominique Froidevaux, président des Caritas en Suisse romande.

 

Selon les statistiques fédérales, le taux de pauvreté baisse sur l’arc lémanique, mais d’autres indicateurs disent le contraire. Qu’en est-il vraiment?

Il y a différents types de mesure, dont les enquêtes de l’OFS, réalisées sur la base d’un échantillonnage. Elles sont difficiles à comparer dans le temps car leur méthodologie a évolué. Et il y a les taux d’aide sociale; il s’agit de données objectives portant sur la pauvreté prise en charge. Or beaucoup de gens renoncent à se faire aider. Les taux d’aide sociale se stabilisent mais le nombre de personnes concernées augmente. A Genève comme dans le canton de Vaud, les prestations complémentaires destinées aux familles pauvres permettent à certaines d’entre elles de ne plus émerger à l’aide sociale.

Pourquoi est-ce compliqué de mesurer la pauvreté?

La pauvreté a longtemps été taboue en Suisse, la mesurer n’a jamais été une priorité politique. La notion de «working poor» était inconcevable il y a peu. Caritas a contribué à la prise de conscience par la publication d’études mettant en évidence le phénomène. Les bas salaires augmentent moins que les hauts (ndlr: de 2008 à 2012 les bas salaires ont crû de 0,67% à Genève et les hauts salaires ont bondi de 6,3%), les écarts se creusent, les pauvres bénéficient moins de la croissance.

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Ne faut-il pas aussi améliorer l’accès à la formation?

Il faut améliorer la qualité de la formation initiale et l’accès à la formation tout au long de la vie pour permettre aux personnes de rebondir lorsqu’elles sont exclues du marché du travail. Il faut développer des emplois plus accessibles pour faire face aux urgences écologiques ou aux besoins accrus en matière de services aux personnes âgées. Le système, trop rigide, n’est pas stimulant non plus. A Genève, si une personne à l’assistance veut se former selon ses propres choix, hors des dispositifs d’insertion, elle perd ses droits à l’assistance et pourra peut-être obtenir une bourse qui ne lui assurera pas le minimum vital. Cela décourage beaucoup de candidats. L’encouragement à la formation devrait devenir un principe majeur des politiques publiques. Cet encouragement est plus avancé dans le canton de Vaud. A Genève, nous y réfléchissons aussi avec les autorités cantonales. (TDG)

(Créé: 16.12.2016, 18h29)

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