A Genève: " La loi sur la fumée est bafouée en boîte de nuit "

Publié le par Aqua Aqua

Source: http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/boite-nuit-loi-quun-ecran-fumee/story/30570575

Tribune de Genève.

Auteure: Marianne Grosjean et Morgan Fluckiger 09.12.2015

A Genève, les fumeurs font la loi en boîte de nuit

ScandaleDe nombreux clubs huppés ne font pas respecter la loi sur l’interdiction de fumer. Reportage au Java Club, au Bypass et au Baroque, où la cigarette règne en maître.

Au Java Club, comme au Bypass et au Baroque, de nombreux clients fument à l’intérieur. Les patrons des clubs ne font pas de répression.

L’odeur d’abord. Acre, pesante. Puis la vision des mégots, éparpillés au sol ou bourrant les cendriers. Sur la piste et autour des tables, des dizaines de gens allument leurs cigarettes, sous le nez des employés. Nous ne sommes pas dans un squat, mais dans la très huppée discothèque Java Club, située sous le Grand Hôtel Kempinski, où se presse la jeunesse dorée du canton. L’établissement jouit-il d’une dérogation à la loi sur l’interdiction de fumer? Absolument pas. Nous évoquions déjà le cas dans nos colonnes le 30 avril 2013. Contactée par téléphone, la directrice générale du club, Janine Dunand, soupire: «Les Suisses, si disciplinés, ne respectent simplement pas cette loi. On a tout fait, tout essayé. On leur demande de sortir, beaucoup obéissent, mais certains n’en font qu’à leur tête. On a voulu faire construire un fumoir intérieur, le Service du commerce ne nous a pas accordé d’autorisation.»

Interrogé le dernier week-end de novembre, lors de notre enquête, un employé du Java nous a pourtant déclaré qu’il était permis de fumer à l’intérieur. «C’est faux, corrige la patronne. Tout le staff sait qu’il doit faire respecter la loi.» Qu’en est-il des cendriers incrustés dans les tables basses? «Ce mobilier vaut une fortune et nous l’avons acheté bien avant que la loi sur l’interdiction de fumer entre en vigueur. Par ailleurs, nous retournons les cendriers à l’envers.» Une précaution dont les clients se moquent éperdument.

La crainte des clients avocats

Au Bypass, les fumeurs sont moins nombreux mais tout aussi visibles. Si la boîte située sous le parking de l’Etoile possède un fumoir intérieur, elle n’arrive pourtant pas à empêcher les cigarettes de grésiller sur la piste. Lorsque nous demandons la permission de fumer, les serveurs répondent en substance: «On ne peut pas vous dire que c’est permis, mais vous faites comme vous voulez.» Patron du Bypass, Angel Aparicio concède qu’il «mise plus sur la prévention que la répression». Il évoque également un problème de diplomatie: «On demande gentiment au client de fumer sa clope dehors. Il y va une fois, ça caille. Il y va deux fois, ça caille. La troisième, il reste à l’intérieur. Si on lui demande de sortir, il nous répond qu’il a commandé un magnum.» C’est là tout le nœud du problème: comment intimer l’ordre de sortir à un client qui dépense plusieurs milliers de francs en soirée?

Julien Torrado, responsable du Baroque, un club situé à la place de la Fusterie accueillant une clientèle aisée et où l’on comptait le week-end dernier plusieurs fumeurs décomplexés, confirme: «Le chiffre d’affaires est le nerf de la guerre. Nous ne pouvons simplement pas nous permettre de mettre à la porte toutes les personnes fumant à l’intérieur.» Il évoque encore un autre aspect du problème: «Nous avons eu énormément de soucis peu après l’entrée en vigueur de la loi sur l’interdiction de fumer. Les directives données alors à nos agents de sécurité étaient de faire sortir les récidivistes. Or certains agents ont été poursuivis au tribunal par des clients mécontents. Notre clientèle haut de gamme compte beaucoup d’avocats et de magistrats… Il y a aujourd’hui une appréhension à sommer quelqu’un d’arrêter de fumer.»

Le Baroque a renoncé à la répression: «Nous faisons uniquement de la prévention, reconnaît le responsable. Nous avons investi dans un fumoir intérieur et nous mettons des cigarettes et des chichas électroniques à disposition des clients. Malgré tous nos efforts, le fléau de la cigarette reste difficile à éradiquer.»

«Un lieu pour s’amuser»

Récemment accusé par 20 minutes de tolérer cigarettes et joints dans ses lieux, le Motel Campo, un lieu culturel proposant des soirées dansantes alternatives et situé aux Acacias, nie en bloc. Frédéric Post, coresponsable du lieu, assène qu’«aucune cigarette ni drogue n’est tolérée». Pourtant, il admet qu’aucune mesure n’est prise à l’encontre des clients qui s’entêtent à fumer à l’intérieur. «Nous n’allons pas exclure une personne pour cela, le Motel Campo est avant tout un lieu pour s’amuser et se détendre», soutient Frédéric Post. Selon ses dires, aucun contrôle n’a été réalisé dans l’établissement durant l’année 2015.

En l’absence de contrôle du Service du commerce (lire ci-dessous), les clubbeurs, qui savent n’encourir aucune sanction de la part des patrons d’établissement, peuvent donc continuer à griller leurs cigarettes à l’intérieur en toute sérénité. (TDG)

«La présence de la cigarette dans les boîtes de nuit s’est normalisée», estime Pascal Diet­helm, président de l’association antitabac OxyRomandie. Il tire à boulets rouges sur le service du commerce (Scom). «Cette instance est chargée de faire appliquer la Loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics (LIF) mais n’a aucune volonté de le faire.» Selon lui, le Scom crée «une zone de non-droit donnant libre choix aux gérants des boîtes de nuit de faire appliquer ou non la loi.»

Pour lutter efficacement contre ce genre de dérive, il encourage les «clubbers» à dénoncer les établissements: «En réunissant un grand nombre de plaintes, nous aurons enfin le poids nécessaire pour faire réagir les autorités», espère-t-il.

Le Département de la sécurité et de l’économie (DSE), qui chapeaute le Service du commerce, ne s’alarme pas: «Les infractions à la LIF que vous dénoncez n’ont pas été légalement constatées», explique Emmanuelle Lo Verso, secrétaire générale adjointe. Elle admet cependant que le nombre d’inspecteurs est insuffisant. En effet, seuls sept inspecteurs vérifient les quelque 2800 établissements du canton. Font-ils des horaires de nuit, entre minuit et 6?h du matin? «Oui», nous assure-t-on. A quelle fréquence? Nous n’aurons pas de réponse précise: «Les contrôles de nuit sont effectués à des fréquences irrégulières et évidemment de manière impromptue.»

En 2015, seuls 14 établissements ont été dénoncés ainsi que 168 clients en 2015 (de janvier à fin novembre).

En violant la loi, les patrons qui tolèrent que des personnes fument à l’intérieur risquent des amendes allant de 100?à 60?000 francs. Dans des cas extrêmes, les exploitants s’exposent à la fermeture de leur établissement et la suspension de l’autorisation d’exploiter.
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M.F/MAR.G

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50 Commentaires

09.12.2015, 07:39 Heures

Si ils ne respectent pas la loi. L'Etat doit leur retiré leur autorisation d'exploitation. On entend pas M. Maudet sur ce sujet. Car ces boîtes sont fréquentées par ses amis. Pour l usine il met des batons dans les roues. Mais des club qui ne respectent pas la loi il laisse faire. Les responsables jouent sur les deux tableaux. Enfin ce poste sera modéré dès que l on toucge a la droite.

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En boîte de nuit, la loi n’est qu’un écran de fumée

Source: http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/boite-nuit-loi-quun-ecran-fumee/story/30570575

Par Marianne Grosjean@marianne7687 09.12.2015

f

En boîte de nuit, griller sa clope est redevenu un geste anodin. Ça l’est en tout cas dans au moins trois établissements huppés du canton, soit le Java Club, le Bypass et le Baroque. Entendons-nous bien (malgré les basses assourdissantes): la question n’est pas d’être pour ou contre la cigarette. Le débat porte sur l’application d’une loi adoptée massivement par le peuple. En effet, la loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics a été plébiscitée par 81,7% des votants en septembre 2009. Est-il normal que des établissements s’y soustraient? Non.

Pour les patrons des clubs, le nerf de la guerre reste l’argent: il n’est pas évident de mettre à la porte des fumeurs récalcitrants quand ils dépensent des milliers de francs par soirée. Par ailleurs, des agents de sécurité utilisant la force pour évincer les contrevenants s’exposent à des plaintes en justice de clients fortunés. Les patrons se contentent ainsi de signaler poliment aux fumeurs de sortir, quand ils ne donnent pas tout bonnement leur bénédiction.

C’est du Service du commerce que l’on espère une intervention. Or, les sept inspecteurs - chargés de veiller sur les quelque 2800 établissements du canton - ne font que trop peu d’horaires de nuit. Un comble, quand il est de notoriété publique que les infractions à la loi sur l’interdiction de fumer concernent principalement les boîtes de nuit…

Quant aux rebelles de la nicotine, il serait temps d’inspirer un grand coup et d’allumer sa conscience citoyenne. Griller une cigarette sur la piste de danse, c’est mépriser le personnel, les non-fumeurs et ceux qui respectent la loi. Mais c’est aussi signifier de manière ostentatoire que l’argent permet tout et que le client est roi, donc despote.

En attendant une initiative proposant – pourquoi pas? – une exception à l’interdiction de fumer pour les clubs, la population est en droit d’attendre une réponse appropriée de la part du Service du commerce. Six ans après le oui massif à la loi, ce ne serait pas du luxe. (TDG)

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